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GESTION DE PARC : Externalisation : Quel est le choix

vendredi 29 juin 2018, par Jean-Pierre LAGARDE

Faut-il acheter ses véhicules d’entreprises ou vaut-il mieux les louer sur une longue durée. Tout le monde vous dira que la seconde solution a le vent en poupe et qu’il vaut mieux déléguer le risque de possession d’un véhicule à un prestataire spécialisé. Cependant, la location longue durée ne s’adapte pas à tous les parcs d’entreprises et pour certaines flottes les nouvelles règles comptables pourraient bien les faire changer d’avis. Si bien que la tendance à préférer l’usage d’un véhicule plutôt que de sa possession ne joue pas gagnante à tous les coups dans les flottes d’entreprises.

4 Points clefs
1 - LA LOCATION SEDUIT TOUJOURS PLUS
2 - L’ACHAT FAIT DE LA RESISTANCE
3 - IFRS 16, UNE NORME COMPTABLE ANTI-LLD ?
4 - FLEET MANAGEMENT : LE POUR ET LE CONTRE


1 - LA LOCATION SEDUIT TOUJOURS PLUS

Location en longue durée ou achat de ses propres véhicules, le débat sur le choix d’un mode de financement et de gestion des véhicules d’entreprises n’est pas nouveau. Avantage LLD.

Si l’on en croit les tendances du marché, la LLD (location longue durée) après avoir conquis les grandes entreprises est en passe d’être retenue de plus en plus par les PME et les TPE. Aujourd’hui, qu’il s’agisse de grandes ou de petites sociétés, la location longue durée représente en volume 62 % des achats de véhicules réalisés pour le compte des entreprises en France.

Dès lors, sur quoi repose le succès de la LLD ? Pour une entreprise, le principal intérêt tient dans cette formule, à l’absence de recours à ses fonds propres nécessaires pour financer des biens qui n’entrent pas dans le cœur même de son activité. Ensuite, l’entreprise va bénéficier d’une certaine souplesse et d’une certaine flexibilité dans l’utilisation des véhicules mais surtout elle va pouvoir prévoir et maitriser ses coûts en sachant ce que lui coûte sa flotte chaque mois. Enfin, l’entreprise pourra s’appuyer sur des véhicules récents et de toutes marques et pourra externaliser la gestion de sa flotte sans avoir du personnel affecté à la gestion et au suivi des véhicules.

Souvent interrogées, les flottes qui ont opté pour la LLD placent en effet les critères de maitrise des coûts, de confort de l’utilisateur et de réduction du temps consacré à la gestion des véhicules parmi les trois principales raisons qui les ont fait venir à la location longue durée.

Avec cette formule d’externalisation, l’entreprise confie à un spécialiste le financement et la gestion des véhicules nécessaires à la pratique de son activité. Elle peut souscrire aussi à des services optionnels tels que l’entretien, l’assurance, la gestion du carburant, le renouvellement des pneumatiques mais aussi l’assistance ou le véhicule de remplacement… Enfin, elle loue des véhicules qu’elle a choisi pour une durée et un kilométrage définis au préalable. Elle acquitte pour cela un loyer prenant en compte la valeur d’achat et de revente du véhicule, les services souscrits et le taux de financement.

Le risque de la revente du diesel

De son côté, la mission du loueur est d’optimiser les prix d’achat des véhicules ainsi que les coûts liés à leur exploitation car ces paramètres interviennent positivement sur le coût des loyers. Bien d’autres atouts sont mis en valeur par les loueurs pour favoriser la LLD auprès des entreprises. Il en va ainsi actuellement de la prise en charge des risques liés à la revente des véhicules carburant au diesel.
De même, au plan fiscal, la prise en compte des émissions de CO2 nécessite des flottes qu’elles adoptent une véritable politique de choix de véhicules et qu’elles renouvellent régulièrement leur parc. Cette obligation qui joue en faveur de la LLD permet cependant de disposer en permanence de modèles récents et ainsi de valoriser l’image de l’entreprise ou encore d’utiliser ces véhicules comme outil de motivation pour les collaborateurs.

Enfin, les loueurs ont longtemps été suspectés de réaliser une part de leurs profits lors de la restitution des véhicules en fin de contrat. Certains d’entre eux intègrent une franchise de remise en état des véhicules à leurs contrats de location. Quant aux pénalités imputées à leurs clients lorsqu’ils rendent le véhicule plus plutôt ou plus tard, elles peuvent être évitées en ayant recours aux accords de reprise proposés par les loueurs lesquels proposent une grille de restitution établie à partir de tranches kilométriques annuelles. Difficile en effet pour une entreprise de s’engager à rendre un véhicule précisément au terme de 48 mois avec un kilométrage affichant précisément 90 000 km.

2 - L’ACHAT FAIT DE LA RESISTANCE

L’achat de ses véhicules demeure une formule de financement qui a encore ses adeptes. C’est le cas parmi les très petites entreprises, comme des plus grosses.

Constituer son parc automobile en achetant ses véhicules est ainsi une formule de financement qui séduit encore les petites entreprises. Les arguments en faveur de ce choix ne manquent ni d’intérêt ni d’objectivité : faible kilométrage, coût de LLD trop élevé avec l’externalisation de la gestion, de l’entretien, possibilité d’amortir les équipements et les travaux liés à la transformation des VP, des VU et autres engins lourds.

Il est vrai que pour une petite PME dotée de véhicules parcourant parfois moins de 10 000 km par an, le recours à la LLD est exclu car cette formule de location perd ici ses avantages. De plus, la LLD avec externalisation de la gestion représente un coût trop important pour une petite entreprise. Les Administrations et les Collectivités territoriales constituent aussi de gros acheteurs car l’achat reste pour elles plus attractif économiquement que la location. L’attrait de l’achat s’explique pour les sociétés et administrations publiques en raison du faible kilométrage et du carcan binaire kilométrage/durée qui entoure le plus souvent la location.

De grosses structures d’entreprises telles que La Poste ou le groupe SNCF sont souvent propriétaires d’une partie de leur parc en raison des facilités de financement dont elles disposent et des taux d’intérêt auxquels elles ont accès. L’autre raison qui prévaut pour ces flottes tient dans la nature des véhicules exploités lesquels vont parcourir un faible kilométrage mais vont être aussi particulièrement spécialisés dans une fonction ou un domaine d’intervention.

Des choix de véhicules trop spécifiques

On retrouve ici l’une des caractéristiques qui favorisent souvent le recours à l’achat par les petites entreprises. Une PME ou une TPE disposant de véhicules très spécialisés ou ayant subi une transformation liée à un domaine d’activité spécifique se traduit souvent par le choix de l’achat de ces matériels. Enfin, dernier phénomène qui joue en faveur de l’achat : le refus radical opposé à la location. c’est le cas chez LS Service, une société spécialisée dans la pose, l’entretien et la relève de compteurs électriques chez les particuliers pour des clients tels que Enedis et GRDF et qui compte un parc de 600 véhicules. L’esprit SCOP (coopérative ouvrière) développé à la création de l’entreprise en 1999 demeure parmi les 700 salariés de l’entreprise.

Comme l’explique Jérôme Bissuel, le DAF de LS Service, « nous avons modifié la part de recours à la LLD pour le financement du parc car avec des véhicules sous contrats de location longue durée, les « dérapages » étaient très nombreux. C’est à dire que le soin et l’entretien apportés aux véhicules nous entrainaient dans des frais de restitution très lourds ». Aujourd’hui, la part de LLD est passée de 90 à 60 % et LS Service achète ses véhicules chez les constructeurs. « Désormais, pour nos conducteurs, il s’agit de véhicules appartenant à la société et, avec un entretien mieux suivi, leur renouvellement est effectué tous les deux ans. Les conducteurs sont ainsi plus impliqués alors qu’auparavant, ceux-ci ne ressentaient pas qu’il s’agissait de leur véhicule ».

3 - IFRS 16, UNE NORME COMPTABLE ANTI-LLD ?

Coup dur pour la LLD, les clients grands comptes cotés en bourse vont devoir inscrire au bilan leur parc automobile en location.

Voilà plus de 10 ans que l’IASB (International Accounting Standards Board), c’est-à-dire le normalisateur comptable international, planche sur la rédaction de nouvelles règles comptables pour que les dettes financières dues aux remboursements des contrats de location apparaissent dans le bilan des entreprises. C’est ainsi qu’est née cette nouvelle norme comptable baptisée IFRS 16 applicable aux contrats de location, laquelle va obliger les entreprises à comptabiliser les actifs et les passifs de ces contrats de location dans leurs comptes.

Toutes les entreprises ne sont pas concernées ; l’IFRS 16 ne s’applique en effet qu’aux entreprises cotées en bourse ainsi qu’à leurs filiales et aux entreprises non cotées ayant fait le choix des IFRS pour leurs comptes consolidés à des fins de comparaisons comptables. L’apport de cette norme doit en effet permettre une meilleure transparence et comparaison des informations financières. Pour cela, les analystes auront désormais accès à l’évaluation faite par les entreprises de leurs propres passifs de loyers calculés selon une méthode unique applicable à toutes les entreprises.

Comme l’explique Fabrice Bertolle, responsable du reporting comptable du groupe Arval, « les entreprises ayant recours à la location vont devoir, à partir du 1er janvier prochain, inscrire leurs contrats de location au bilan en y comptabilisant à l’actif du bilan le droit d’utilisation et au passif les engagements de paiement (ou dette financière) qui s’y réfèrent ».

Les contrats de location mais pas ceux de services

Toutefois, l’IFRS 16 établit une ligne de démarcation entre les contrats de location et les contrats de services : les premiers figureront désormais au bilan tandis que les contrats de service resteront hors bilan. Reste que cette mesure annoncée depuis 2016 a longtemps fait figure d’épée de Damoclès pesant au-dessus de la tête des loueurs. C’est en effet l’un des atouts de la location longue durée qui menaçait de s’évanouir ; celui de permettre aux entreprises de faire passer les loyers de location dans les frais généraux et de n’avoir pas à alourdir leur bilan en y faisant figurer un parc automobile en propriété. Désormais pourtant elles en auront le devoir.

Cependant, estime le loueur Arval, si les locataires de véhicules vont être impactés par IFRS 16 avec l’obligation de comptabiliser un droit d’utilisation des véhicules et en contrepartie une dette financière, ceux-ci vont continuer aussi à bénéficier des avantages de la location opérationnelle notamment en terme de source de financement simple et efficace et d’amélioration des cash-flows amélioré.
« Et puis, précise Fabrice Bertolle, il convient de signaler que le droit d’utilisation inscrit au bilan ne sera en rien le reflet du parc en location car les valeurs de revente ne seront pas intégrées à ce droit. Donc la valeur à porter au bilan si l’on finance son parc à crédit ou en LOA sera plus importante qu’en LLD car ce sont les loueurs qui prennent en compte la valeur à porter au bilan en location opérationnelle ». Autrement dit, la LLD reste encore la plus adaptée pour réduire le poids d’un parc automobile au bilan d’une entreprise.

4 - FLEET MANAGEMENT : LE POUR ET LE CONTRE

En matière de gestion de parc, l’entretien et la réparation tout comme la plupart des services doivent-ils être dévolus au loueur ou faut-il préférer les externaliser à un fleeter ?

Depuis que les entreprises ont recentré leurs activités sur leur métier de base, le fleet management a le vent en poupe. Notamment auprès des entreprises qui préfèrent acheter leur parc de véhicules et qui, dans le même temps, choisissent de sous-traiter la gestion de leurs parcs automobiles à un spécialiste du fleet management afin d’optimiser les coûts.

On peut ainsi confier à son fleeter tout ou partie de l’entretien, des réparations, de l’assistance, du renouvellement des pneumatiques, etc. Ce prestataire intervient comme un sous-traitant spécialiste capable de gérer de bout en bout tous les aspects de la gestion d’un parc en prenant en charge tous les interlocuteurs et même la relation avec les conducteurs de l’entreprise.

Seule exception à la règle, un « fleeter » ne proposera ni la location, ni l’achat des véhicules. En revanche, si l’entreprise le souhaite, elle pourra l’investir de ces mêmes activités pour trouver un financier, revendre les véhicules ou même mettre en concurrence différents loueurs à l’occasion d’un appel d’offre. Certaines flottes en LLD n’hésitent pas en effet à déléguer la gestion de leur parc à un fleeter plutôt que de la confier aux loueurs.

L’impact de l’IFRS 16 en question

« Nous nous adressons plutôt à des flottes importantes, explique Laurent Hauducœur, directeur commercial de Traxall. Avec 40 000 véhicules gérés au plan administratif, nous sommes le leader du fleet management mais nous n’avons pas de plateau technique. En revanche, nous éditons nous-mêmes notre propre logiciel de gestion de parc. Notre but, indique-t-il, est de proposer aux entreprises de compléter leur dispositif de gestion de parc à l’externalisation ».

Ce fleeter auparavant appelé ERCG fêtera bientôt ses 20 ans d’existence et gère pour le compte de ses clients des parcs allant de 700 à 3 000 véhicules. On compte ainsi parmi eux plusieurs laboratoires pharmaceutiques dont les nombreux visiteurs médicaux, sans cesse sur la route, nécessitent qu’ils soient pris en charge par une équipe dédiée pour la gestion de leurs véhicules.

« Nos clients sont plutôt des parcs importants d’entreprises qui se sont dit que ce n’était pas leur métier de gérer une flotte de véhicules, souligne Laurent Hauducœur. Il en va ainsi de Danone, L’Oréal ou Bristol Myers Squibb, etc. Mais le besoin d’externalisation est de plus en plus important dans les entreprises ayant de 100 à 400 véhicules car la gestion de parc coûte cher et ce n’est pas leur métier. Cela nécessite du temps et de l’expertise ».

Alors achat ou location longue durée ? On pourrait attendre d’un fleeter qu’il recommande la LLD, pourtant Laurent Hauducœur encourage plutôt les PME de 30 à 40 véhicules même à se tourner vers la LLD : « personne ne sait comment va évoluer le marché entre le diesel et l’essence et quel sera l’impact de la fiscalité à l’avenir. Le risque existe de se retrouver au sein d’un parc en achat avec des véhicules invendables sur le marché de l’occasion. Pour cela, la LLD est intéressante car les loueurs sont des professionnels du risque sur le marché de l’occasion ». Enfin, le directeur commercial n’envisage pas que l’arrivée de la norme IFRS16 modifie le comportement des flottes à l’égard de la location longue durée.

Pour Laurent Hauducœur en effet, « l’amortissement comptable des loyers de LLD (hors frais financiers et services) à l’identique de la propriété ou du crédit ne va pas changer la politique des flottes. Passer ou pas son parc de véhicules en charge au bilan n’a jamais été un élément du choix de la LLD par les flottes ».

Le retour vers l’achat ?

Un avis que ne partage pas Théophane Courau, Pdg de Fatec. Un spécialiste du fleet management qui gère près de 40 000 véhicules pour le compte de 50 clients tels que LCL, Virbac, Suez, Groupe SNCF, Vente Privée.com ou encore Cap Gemini. Pour le Pdg de Fatec (ex-Aon Auto) cette nouvelle norme va immanquablement conduire les flottes à délaisser la LLD et les rallier à l’achat de leur parc en ayant notamment recours à un fleeter pour réaliser la gestion de leur flotte.

« L’application de cette norme va imposer un travail supplémentaire de collecte et de fiabilisation des données aux entreprises et particulièrement aux directeurs administratifs et financiers ». Selon Fatec, ceux-ci devront évaluer les loyers dus et la charge d’intérêts ainsi qu’ajuster ces montants à chaque clôture. De même, il leur faudra ré-estimer l’actif et le passif lorsque les paiements varient en tenant ainsi compte des avenants, des dérives de kilomètres, des frais de restitution.

A titre d’exemple, au passif de l’entreprise, il sera nécessaire dans les dettes fournisseurs de prendre en compte la dette au titre des loyers pendant le durée de la location. Pour cela, il faudra donc connaître le taux implicite du contrat et la valeur résiduelle. Et pour chaque véhicule, il faudra fournir des informations telles que la date de mise en service , la durée du contrat en mois, la date de fin prévisionnelle le loyer HT ainsi que les loyers financier, pneus, entretien, assistance.

Pour Théophane Courau, il ne fait pas de doute que ces nouvelles obligations devraient pousser beaucoup d’entreprises à « sortir » l’entretien du loyer afin de laisser les dépenses d’entretien en charges et optimiser ainsi ce poste de dépense. « Avec l’arrivée de la norme IFRS16, nous avons déjà intégré un nouveau client. Celui-ci voulait sortir du tout LLD », signale le Pdg de Fatec. « Renoncer à la LLD ce n’est pas renoncer à la sérénité. Cela permet de négocier ses achats en s’appuyant sur la volumétrie d’un fleeter et de récupérer par exemple les points de remises accordés par les constructeurs, explique-t-il. Cela permet également de sécuriser les valeurs de revente au travers de buy-back portés par le constructeur, de gérer l’entretien sans crouler sous la gestion fournisseurs tout en ayant un contrôle de coûts et en déléguant la gestion des taches administratives répétitives ».

Ainsi, ce fleeter ouvre ses livres et signale ses « cas » clients pour lesquels des économies importantes ont été réalisées grâce au travail du plateau technique de Fatec. Dans un parc constitué de 1 200 voitures, 400 poids lourds et de 5 400 véhicules utilitaires, la gestion de parc opérée par Fatec est à l’origine d’un million d’économies. Idem pour cette entreprise dotée de 1630 voitures et 111 utilitaires pour laquelle ce sont 300 000 € d’économies qui ont été réalisées sur un total de 150 000 € d’honoraires. « Nous aidons nos clients à se concentrer sur leur mission essentielle et nous nous chargeons de la partie ingrate des prestations. Mais nous ne sommes pas là pour prendre la place des gestionnaires, nous intervenons en complément », signale enfin Théophane Courau.

Dossier réalisé par Jean-Pierre Lagarde

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