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François Asselin, Président de la CGPME

vendredi 21 octobre 2016, par Adrien Cortesi, Louis DAUBIN

« L’entreprise est un tout : nous ne séparons jamais la personne physique de la personne morale »

- En tant que président de la CGPME, François Asselin a pour objectifs de mieux défendre et promouvoir les PME et TPE et des les aider à se sortir de difficultés.


-  KME : Pour commencer, pouvez-vous nous raconter votre parcours professionnel ?

- François Asselin : Je suis d’abord chef d’entreprise et syndicaliste depuis pratiquement mon enfance puisque j’ai repris l’entreprise familiale à l’âge de 29 ans. J’ai tout de suite été à la fédération des bâtiments des Deux-Sèvres, ensuite à la présidence de la CGPME des Deux-Sèvres, puis de la CGPME Poitou-Charentes en 2011 pour enfin me porter candidat à la CGPME nationale début 2015.

-  KME : Comment percevez-vous les rapports entre la CGPME et le MEDEF ?

- F.A. : Nous sommes sur la même clientèle, la différence est que je n’ai pas le monopole des grandes entreprises. Sur les grands sujets portés au niveau national, nous pouvons avoir des points de divergences. La CGPME était en première ligne concernant la loi travail, ensuite la sur-taxation des CDI. Mais lorsque l’on parle du MEDEF, on cite la CGPME.

-  KME : Justement d’actualité, que pensez-vous de cette loi Travail ?

- F.A. : Cette loi possède quelques avancées intéressantes pour les grandes entreprises, mais beaucoup moins pour les PME. Il faut pourtant que le fait PME devienne incontournable. Je constate que, notamment parmi la représentation nationale parlementaire, très peu de monde connaît le milieu des PME. En tant que représentant des PME, nous avons souvent laissé l’initiative aux experts, que sont par exemple dans le champ social les DRH, pertinents seulement dans la grande entreprise. Nous l’avons constaté par exemple à travers la réforme de la formation professionnelle de 2014 que nous n’avions pas voulu signer puisqu’elle est nettement plus favorable aux grandes entreprises. Il faut que nous, chefs d’entreprises de PME, reprenions notre place que nous n’aurions jamais dû nous laisser voler et que l’on construise notre discours, nos idées et que nous portions nos propositions. C’est ce à quoi je m’attache depuis que je suis élu.

-  KME : Quelle est la situation des TPE et PME aujourd’hui ? Ont-ils le moral ?

- F.A. : Nous avons un baromètre KPMG tous les trimestres, le moral des chefs d’entreprise est plutôt bon et s’améliore petit à petit. En revanche la vision qu’ils ont de leur pays les inquiète. C’est une position récurrente depuis plusieurs années qui s’explique par le fait qu’ils raisonnent de façon pragmatique quant à la santé de leur activité. Mais aucune réforme structurelle n’a vraiment changé les règles du jeu, lorsque l’on voit que la dette de la France et que la pression fiscale ne cessent d’augmenter. Mais globalement, l’activité est meilleure qu’il y a un an. Autrement, la situation est très variable d’un secteur à l’autre. L’industrie et la filière automobile se portent bien, les services également. Mais la construction et le bâtiment (qui représentent 1 200 000 salariés), même si les mises en chantier repartent, restent encore très fragiles. Au niveau macro économique, s’il y a une amélioration par rapport à l’année dernière, il faut garder à l’esprit que le territoire n’est pas à part égale. Les grands centres urbains tirent leur épingle du jeu par rapport aux moyennes et petites villes qui souffrent encore beaucoup.

-  KME : En quoi consiste la mission de la CGPME, à savoir de défendre les intérêts des PME ?

- F.A. : D’abord, on ne sépare jamais la personne morale de la personne physique. L’immense majorité de nos adhérents sont des entrepreneurs patrimoniaux. En fait, lorsque vous touchez à l’équilibre de la personne physique, vous ébranlez l’équilibre de la personne morale. On oublie souvent que l’entreprise et l’entrepreneur forme un tout. Par exemple, quand on met une taxe sur les véhicules de société, on touche directement au porte feuille et donc à l’équilibre économique de l’entreprise. La baisse du coût des matières premières a toutefois permis d’avoir un petit bol d’air, avec un allégement de la charge carburant. On peut espérer que l’évolution technologique de l’automobile et de la fiscalité améliorera les choses.

-  KME : 20 à 30 % de l’activité des loueurs concerne les problèmes de PV, or la législation tend à rendre responsable le chef d’entreprise, qu’en pensez-vous ?

- F.A. : Cette question remonte souvent à la surface. Bien sûr nous y sommes farouchement opposés car demain plus aucun chef d’entreprise n’acceptera de fournir un véhicule. Si l’on délègue la responsabilité voire l’autorité du collaborateur sur le chef d’entreprise, garant de tous ses faits et gestes (ce qui est déjà le cas notamment en matière de sécurité du travail), nous ne saurons plus faire. La réponse serait de dire qu’il n’y aura plus de voitures de service et vous prendrez votre véhicule personnel avec le remboursement des frais kilométriques. Nous avons le même phénomène en matière sociale qui vient sur encadrer et sur sécuriser le statut du salarié. Mais si ce statut devient trop contraignant, cela engendre de la sous-traitance, des auto-entrepreneurs, des micro-entrepreneurs, des salariés détachés, avec les dérives que cela peut comporter comme fraudes ou autres.

-  KME : Y a t-il un secteur d’activité particulièrement concerné par des difficultés « entrepreneur et salarié » ?

- F.A. : Je remarque que les pratiques dans le secteur de la communication et des médias se révèlent bien plus « cruelles » dans le domaine social que dans mon champ d’activité traditionnel, avec des salariés souvent corvéables à merci. Il n’est anormal que, lors des assemblées générales où je rencontre de nombreux chefs d’entreprise, quasiment tous sont soulagés de voir réduire sans cesse leur masse salariale.

-  KME : Qu’attendent les chefs d’entreprise en matière de fiscalité ?

- F.A. : De la stabilité. Un engagement formel, sur tout ce qui peut toucher à la baisse des charges et la baisse de la pression fiscale sur l’entreprise. On entend souvent à travers le pacte de responsabilité que l’on déversait des milliards dans les entreprises, mais il faut savoir qu’il n’arrivera en pleine action qu’à la fin 2017. Sauf que fin 2017, la pression fiscale reviendra à ce qu’elle était en 2010 : il ne s’agit donc que d’un rééquilibrage. Ce que l’on ne mesure pas, c’est la pression locale des taxes diverses et variées qui augmentent de façon considérable. Les chiffres tout juste publiés par Bruxelles annoncent que la France est passée en 2015 à un taux de prélèvement supérieur au Danemark soit plus de 46 %, ce qui veut dire que nous sommes officiellement le pays le plus taxé d’Europe ! Les chefs d’entreprise sont attachés avant tout à l’équilibre économique de leur activité mais l’instabilité fiscale est dévastatrice. Je dirais même qu’elle alimente la machine à défiance et non pas à confiance.

-  KME : Avez-vous un rôle de lobbying ?

- F.A. : Nous essayons d’anticiper et de décrypter en amont les lois de finance en faisant du lobbying et en portant nos propositions sur les fiscalités de l’entrepreneur et de son entreprise, qui restent intimement liées. La fiscalité d’une entreprise patrimoniale n’a pas le même mode de fonctionnement qu’un grand groupe et l’optimisation fiscale dans une PME n’existe quasiment pas. Nous restons vigilant car lorsque l’on touche à la TVS ou au remboursement du barème kilométrique, cela va immédiatement impacter des milliers d’entrepreneurs. Nous voulons donner du sens au capital, que tout ce qui profite à la pérennité de l’entreprise soit encouragé. Par exemple, l’entrepreneur qui souhaite réinvestir une partie de ses bénéfices en fond propre dans le but de solidifier son entreprise sur le long terme devrait bénéficier d’une réduction d’impôt.

-  KME : Comment un entrepreneur voit-il l’avenir aujourd’hui ?

- F.A. : Il n’a assez peu confiance en l’avenir car ses perspectives, si elles existent à l’instant T, demeurent fragiles. Ils réagissent donc en court-termiste, en prenant par exemple peu de risques sur les CDI. Si l’on note cette année une baisse des dépôts de bilan de 8 %, nous étions à un niveau extrêmement élevé avec 63 000 défaillances d’entreprises par an. Il est clair que le poste « déplacement », « transport » ou « véhicule » est de plus en plus visualisé par les chefs d’entreprise eux-mêmes, quand bien même ce n’est pas leur secteur d’activité. Il s’agit souvent en effet du 2ème poste de charge, d’où le marché croissant des loueurs longue durée.

-  KME : Pourquoi un chef d’entreprise devrait-il adhérer à la CGPME ?

- F.A. : D’abord pour la défense de ses intérêts, aussi bien pour la personne physique que la personne morale puisque nous ne séparons jamais les deux. Ensuite si l’on veut se faire entendre, c’est en étant ensemble, l’isolement n’aidant généralement pas au développement. En adhérant à la CGPME, on rencontre d’autres chefs d’entreprises, on a de l’information et de la formation comme le droit social, la fiscalité, le juridique etc. D’autre part, en situation de crise, la CGPME a travers ses mandats est présente dans diverses instances pour accompagner les chefs d’entreprise dans ses difficultés. Nous avons plus de 20 000 mandataires qui prennent de leur temps personnel pour travailler aux biens communs des entrepreneurs.

-  KME : Quel message passeriez vous à un chef d’entreprise ?

- F.A. : Les chefs d’entreprise aiment la voiture et sont très sensibles à tout ce qui touche à la fiscalité sur les véhicules. Nous avons d’ailleurs regretté que le sur-amortissement ne concerne pas les véhicules utilitaires. Le renouvellement du ou des véhicules est un vrai sujet, de même que pour les salariés qui sont sensibles à la qualités des véhicules qu’ont leur fourni. Un domaine bien retranscrit dans votre revue qui intéresse donc les entrepreneurs !

Propos recueillis par L. Daubin et A. Cortesi

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