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Cartes carburant

jeudi 27 janvier 2011, par Guillaume GENESTE, Louis DAUBIN

L’essentiel en 5 points

- L’augmentation du prix des carburants incitent les entreprises à suivre de plus près leur consommation
- La concurrence fait rage entre les enseignes pétrolières et la grande distribution
- Les pétroliers jouent la carte de la densité de leur réseau au niveau national là où la grande distribution met en avance une structure régionale
- Les nombreux reportings permettent une remontée simple et facile des informations inhérentes aux consommations du parc roulant
- Les cartes carburant peuvent intéresser toutes les entreprises, quelle que soit leur taille


Véritable outil de gestion, les cartes carburant sont un allié quotidien de l’entreprise. Si elles permettent de disposer du carburant dans des conditions économiques intéressantes et transparentes, leur véritable atout est ailleurs.

Les cartes carburant permettent en effet à l’entreprise de faire face à la nécessité croissante de disposer d’éléments comptables de plus en plus fins mais aussi de contrôler les dépenses de fonctionnement. Pouvoir être alerté sur tel ou tel dysfonctionnement ou anomalie de consommation, pouvoir permettre ou non à tel ou tel collaborateur d’acheter un type de carburant mais surtout obtenir régulièrement des éléments comptables déjà compilés, tels sont les vrais atouts des cartes.

Sachant que tous les opérateurs présents, tant les compagnies pétrolières que les enseignes de grande distribution, proposent ces prestations de gestion, les entreprises ont désormais la possibilité de choisir leur opérateur.

Les conditions d’accès aux cartes carburant

Pour choisir son opérateur, entre enseigne pétrolière et grande distribution, il convient de connaître les conditions d’accès aux différentes cartes. Les intervenants de notre table ronde nous ont expliqué ces conditions.

Chez Total, Agnès Robin, Chef de Produit Cartes Pétrolières - Marketing France, explique « que la taille de l’entreprise n’est pas un frein à l’accès à la carte GR. Pour donner un ordre d’idée, quiconque achète plus de 200 litres de carburant par mois a intérêt à être détenteur de notre carte sachant que notre offre est suffisamment flexible pour répondre aux différentes attentes des entrepreneurs ».

Valentine Huet, Responsable Marketing CRT France chez Shell, confirme l’absence de barrière à l’entrée chez Shell également : « Il n’y a pas de critère discriminent. Notre carte concerne toutes les entreprises, des TPE aux grands groupes ». Thierry Forien, Deputy Manager à la Siplec – E.Leclerc, tient à souligner la différence d’approche de la carte Energeo : « Chez nous, il n’y a pas de critère de volume de carburant. La carte coûte 6 € par an. A ce faible prix de la carte, il convient de rajouter des frais de gestion qui sont de 3 centimes par litre de carburant enlevé, sur le prix le plus bas du marché, faut-il le rappeler. De plus, chaque entreprise peut choisir une station de référence privilégiée où il ne payera qu’un centime de frais de gestion par litre de carburant ».

« Chez Auchan, la seule condition pour pouvoir profiter des services de notre carte carburant est d’être un professionnel. Le coût de détention annuel est de 30 €, le prix affiché à la pompe étant ensuite le prix facturé. Le prix bas du carburant (environ 10 centimes moins cher que les enseignes de pétroliers) permet à l’entreprise de réaliser de facto une économie tout en profitant des services d’aide à la gestion (reporting avec ventilation, consommation moyenne aux 100 kilomètres par carte, lieux de la prise de carburant…) sans surcoût » expose Virginie Havet, Manager des Ventes de la Carte Pro Auchan.

« En plus de tous ces services, les titulaires de la carte Energeo disposent également d’un suivi en temps réel des enlèvements avec possibilité d’agir instantanément via le site Intranet sur lequel sont connectés nos clients. Tout le monde a accès aux mêmes infos, en même temps, prises directement au niveau du réseau de distribution » précise Stéphane Roussel-Debierre, Responsable Carte Energeo chez Siplec – E.Leclerc.

Valentine Huet ajoute : « Chez Shell, la carte est payante en fonction de la taille de l’entreprise. Vient ensuite s’y ajouter un système de remise en fonction du volume de carburant enlevé en station, sachant que nous appliquons le principe du « best of » entre le prix négocié et le prix affiché à la pompe permettant ainsi de garantir le meilleur prix possible en toutes circonstances. Bien entendu, les nombreuses aides à la gestion sont disponibles pour toutes les entreprises ».

Agnès Robin précise les choses chez Total : « la carte est facturée 11 € par an. Ensuite, les entreprises peuvent choisir des services complémentaires payants avec des prix négociés au cas par cas. Ces services sont nombreux et comprennent un extranet client pour le pilotage des cartes, la création ou l’opposition sur des cartes carburant, l’autorisation à payer autre chose que du carburant avec la carte ainsi naturellement que le téléchargement des fichiers de facturation avec des outils d’analyse et de consolidation. Concernant la tarification du carburant, les titulaires de la carte GR payent un prix barémé qui est un prix moyen sur les stations Total. Ensuite, le plein peut être fait dans n’importe quelle station Total selon ce prix barémé ».

Un choix difficile

Si chaque intervenant met en avant les avantages de sont système, il faut reconnaître que faire son choix entre ces différentes enseignes n’est pas évident. « Pour aider nos clients à faire leur choix, nous avons mis en place des outils d’aide à la décision prenant en compte la localisation et la stratégie de déplacement de l’entreprise. Nous croisons les implantations de l’entreprise, ses déplacements et le localisation de nos stations pour voir si notre offre est pertinente » explique Virginie Havet. « Avant toute chose, ce que recherche un chef d’entreprise ou un responsable de flotte, c’est une réponse flexible et une aide au quotidien dans sa gestion administrative comme la facturation ou la récupération de la TVA.

Vient ensuite, la démarche de suivi du budget via des outils informatisés. L’absence de note de frais, la simplicité et l’appui sur un réseau étendu sont des arguments souvent avancés par les dirigeants » complète Agnès Robin. Un point de vue complété par Valentine Huet : « la mise à disposition de cartes carburant permet une sécurité des transactions. Quant au maillage, même si Shell s’est désengagé des stations de proximité, nos accords avec Avia et Esso permet à nos clients de disposer d’un réseau de plus de 1 500 stations ».

« La taille du réseau n’est pas un vrai problème. Ce qui est important, c’est la proximité et la disponibilité dans le cadre d’une organisation le plus souvent régionale. La force de Total est de disposer d’une station service tous les 20 kilomètres. Mais les véhicules d’aujourd’hui disposent d’une autonomie de 700 à plus de 900 kilomètres. On peut donc facilement se passer d’un réseau avec plus de 4 000 stations services » rétorque Thierry Forien.

Malgré cette opposition entre emprise nationale des pétroliers et actions régionales de la grande distribution, Total ne reste pas les deux pieds dans le même sabot puisque comme le souligne Agnès Robin « de plus en plus de nos stations permettent l’enlèvement 24h/24 grâce aux automates ».

Un poste sous haute surveillance

Le poste carburant a une tendance naturelle à la croissance du fait même de l’augmentation régulière du prix à la pompe, ce malgré un prix du baril de pétrole nettement inférieur aux 140 $ que l’on a connu en 2008. « Le suivi de la consommation des flottes d’entreprise est de plus en plus important. Cela va désormais même jusqu’à remettre en cause l’organisation même de l’entreprise qui peut être modifiée pour abaisser ce budget » explique Stéphane Roussel-Debierre.

Cet état de fait est logiquement partagé par tous nos intervenants même si Agnès Robin, pour Total tient à souligner « que la force des réseaux des grands pétroliers est justement d’apporter une certitude d’absence de détour pour les utilisateurs. Cela représente du temps et un kilométrage annuel qui peut être non négligeable ». Les distributeurs de carburants ont d’ailleurs, pour la plupart, mis au point des applications de géolocalisation de la station service la plus proche pour éviter les détours trop importants.

Autre source d’économie, l’emploi de carburant additivé, capable de permettre de parcourir une plus grande distance et de moins abîmer la mécanique. Selon Agnès Robin, « l’Excellium permet une protection du moteur, une diminution du niveau sonore de la mécanique et de la consommation ainsi qu’un abaissement du niveau des émissions polluantes ». « Cela est vrai » confirme Philippe Schulz, Expert Leader Energy & Strategic Raw Materials chez Renault : « nous avons pu vérifier la véracité de ces affirmations en réalisant des tests.

Cela étant, ces améliorations sont surtout visibles sur des véhicules qui roulent beaucoup ». « Chez Shell, le V-Power diesel permet d’augmenter le kilométrage parcouru et une moindre usure moteur. Enfin, je rappelle que chez nous, le client paye selon le principe du best of, y compris ces carburants là » souligne Valentine Huet. Thierry Forien se fait alors le porte-parole de la grande distribution et rappelle que « les entreprises roulent à plus de 95 % au gazole. La grande distribution vend du gazole additivé tout comme les pétroliers. Cet additif a été élaboré et est vendu par l’ensemble de la grande distribution.

Cela étant, chez Total, il y a un gain sur l’indice de cétane. Cela étant, d’après nos calculs, et compte tenu de la différence du prix du carburant à la pompe, il reste toujours plus intéressant de rouler avec nos carburants, d’autant que les entreprises qui font appel à la location longue durée changent de véhicules tous les 3 à 4 ans alors que les bienfaits de ces carburants haut de gamme ne se font sentir que sur le long terme ».

Vers moins de stations-services ?

Les nouvelles règlementations européennes imposent aux stations-services de modifier leurs infrastructures afin d’être plus respectueuses de l’environnement (cuves, étanchéité des pistes, séparateur d’hydrocarbures…). Ce qui risque d’entraîner la disparition de petites stations. « Le réseau Total est basé sur de nombreux propriétaires artisans qui n’ont pas tous la volonté ou les moyens de mettre leurs installations aux normes. Cela va certainement entraîner la fermeture de certaines d’entre-elles » expose Agnès Robin.

Virginie Havet est confiante puisque « ce chantier a été mené chez Auchan depuis deux ou trois ans et, aujourd’hui, toutes nos stations sont prêtes ». « C’est le cas aussi chez Leclerc. C’est l’avantage d’être de gros distributeurs. Comme les débits unitaires sont élevés, nous sommes obligés de renouveler régulièrement nos stations, environ tous les dix ans » précise Thierry Forien.

Quid des nouveaux carburants ?

Les carburants alternatifs, qu’il s’agisse de l’E85, du GPL ou du GNV, représentent toujours une infime partie des ventes. Comment expliquer cet état de fait ? « En ce qui concerne l’E85, Leclerc y a beaucoup cru et nous croyons toujours à la pertinence de faire rouler les véhicules avec un produit d’origine agricole car le bilan est globalement positif. Cela étant, l’échec de l’E85 est directement lié aux revirements politiques. Or, encore aujourd’hui, compte tenu de la fiscalité, l’E85 reste intéressant pour une entreprise » rappelle Thierry Forien.

Philippe Schulz déclare partager ce point de vue. Il poursuit : « nous aussi avons beaucoup cru à l’E85 au moment de la signature de la charte. L’absence de suivi de la politique explique l’absence de décollage malgré un réseau de distribution correct, principalement lié à l’engagement des grandes surfaces. Pourtant, il y a un argument essentiel pour la réussite de l’E85 et du GPL en Europe : c’est le déséquilibre entre l’essence et le gazole en Europe, principalement en France. Or, nous avons besoin d’une politique énergétique à long terme et, de ce point de vue, ces deux carburants sont très intéressants ».

Pour Olivier Rigoni, directeur associé de Cogecar, « les loueurs longue durée ont une part de responsabilité dans cet échec du fait de l’absence de préconisation de ce type de véhicules à leurs clients. Or, ils représentent environ 35 % des véhicules vendus en France. Les loueurs ont donc le pouvoir de diriger leurs clients vers certains modèles, ce qu’ils n’ont pas fait avec les véhicules à énergies alternatives, ce que je regrette ». « Quant au GNV (gaz naturel pour véhicules), cela n’attire que les mairies et les collectivités locales, principalement avec les bennes à ordures ménagères et les bus. Le problème de fond du GNV est qu’il n’existe pas de « spécification carburant » et que la teneur en méthane, qui intéresse les motoristes, varie entre 74 et 92 %. Ce qui signifie que ce sont les performances du moteur qui peuvent varier. Un constructeur ne peut donc pas faire un développement optimisé avec le gaz naturel dont la qualité varie trop d’un endroit et d’un moment à l’autre » conclut Philippe Schulz.

Et l’électricité ?

Grande révolution de cette fin d’année et de l’année 2012, le lancement des véhicules électriques représente une évolution importante de l’usage du véhicule, y compris pour la recharge énergétique. La distribution d’électricité pourrait-elle intéresser les stations-services ? Pour Thierry Forien, « La réponse est oui.

Nous croyons au développement de la voiture électrique et nous avons d’ailleurs signé un accord de partenariat avec Renault lors du dernier Mondial de l’Auto de Paris pour permettre de recharger les voitures électrique. Chez Leclerc nous ne vendons pas que du carburant mais aussi toute sorte de produits. Mais nous pensons davantage à accueillir les voitures électriques sur nos parkings que dans nos stations-services.

Nous allons équiper au moins une cinquantaine de centres en 2011. Ces centres Leclerc auront tous entre 5 et 10 prises électriques permettant une recharge « semi-rapide ». Le plein coûtant environ 1,5 €, nous envisageons de mettre en place une formule récompensant les porteurs de nos cartes de fidélité Leclerc ou de la carte Energeo ».

Les pétroliers semblent eux aussi s’intéresser à ce nouveau marché comme le confirme Agnès Robin : « Nous sommes dans une démarche de réflexion pour accompagner le développement du véhicule électrique. Nous avons déjà équipé plusieurs de nos stations-services en Belgique et d’autres projets pilotes sont à l’étude ». Chez Auchan aussi, l’étude de ce nouveau débouché est à l’ordre du jour comme l’explique Virginie Havet : « Nous étudions la possibilité d’équiper nos parkings de stations de recharge ». Cet engouement ravit naturellement Philippe Schulz : « Renault est énormément sollicité pour signer de nombreux partenariats en faveur de la voiture électrique.

Ce qui est fondamental, c’est qu’il faut comprendre qu’avec ce type de véhicule, nous devons faire face à un véritable changement culturel. Le véhicule électrique n’est pas fait pour remplacer le véhicule thermique. Il s’agit d’une nouvelle offre en matière de mobilité. Nous devons tous appréhender ce changement ». L’ajout de l’énergie électrique devrait être rapidement disponible auprès des distributeurs de cartes carburant, venant ainsi élargir la palette d’énergies disponibles.

Les participants à la table ronde

- Thierry Forien, Deputy Manager à la Siplec – E.Leclerc : « Le monde du carburant est en train d’évoluer. Il passe du modèle monolithique du moteur thermique à une approche multimodale qui commence aujourd’hui. L’électricité va obliger les utilisateurs à repenser l’utilisation des véhicules. A terme, il y aura un portefeuille d’énergies différentes en fonction des usages ».

- Virginie Havet, Manager des Ventes de la Carte Pro Auchan : « La carte carburant Auchan permet aux professionnels de disposer d’une transparence par rapport au prix sans frais supplémentaires et de nombreux services de gestion associés ».

- Valentine Huet, Responsable Marketing CRT France chez Shell : « La carte EuroShell est attractive pour tous les types de clients grâce au principe du « Best Of » qui permet de bénéficier en permanence du meilleur prix et aux nombreux services associés ».

- Jean-Marc Pinel, Pilote de Communication segment AB et Mécanique, Direction de la Communication chez Renault : « La palette des nouvelles énergies va permettre une baisse significative des émissions. Les meilleurs niveaux actuels seront bientôt la norme. L’électricité et le « zéro émission » est une solution pour atteindre cet objectif ».

- Olivier Rigoni, directeur associé de Cogecar : « Les constructeurs, au même titre que les distributeurs de carburant, sont engagés sur la voie des nouvelles énergies ».

- Agnès Robin, Chef de Produit Cartes Pétrolières, Marketing France chez Total : « La carte Total GR s’adapte à toutes les entreprises avec un large panel d’options. Il s’agit d’un véritable outil d’aide aux gestionnaires des flottes dans son quotidien et dans leur démarche de diminution de la consommation de carburant ».

- Stéphane Roussel-Debierre, Responsable Carte Energeo chez Siplec E.Leclerc : « La carte Energeo permet aux entreprises de bénéficier des services professionnels identiques à ceux proposés par les sociétés pétrolières à prix Leclerc. Energeo est un véritable outil de gestion aujourd’hui pour le carburant, demain pour l’électricité.

- Philippe Schulz, Expert Leader Energy & Strategic Raw Materials chez Renault : « En tant que constructeur, nous sommes contraints de nous adapter à un monde qui change rapidement. A l’image des cartes carburants, nous allons devoir proposer des services associés à nos modèles ».

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