Publié le 3 décembre 2021 | par Axel Ekman

Jean-Pierre Mesic : “L’électrification, c’est maintenant”

Par son taux croissant d’électrification, le secteur BtoB montre la voie au marché national. Un levier d’Archimède fondamental pour justifier les investissements consentis par Stellantis autour des technologies électriques.

Le groupe Stellantis électrifie massivement les gammes des différentes marques qu’il détient. Un cap décidé il y a déjà quelques années, jalonné par un investissement de quelque 30 milliards d’euros courant jusqu’en 2025. À la clé, Stellantis souhaite contrôler les process de production des batteries, tout en améliorant leurs performances et en soutenant le développement de la technologie hydrogène. Des objectifs partagés par la plupart de ses concurrents, certains – comme Mercedes-Benz – devenant des partenaires sur le terrain de l’ingéniérie des batteries. Reste la question du taux de conversion du marché… pris entre limites technologiques, tarifs et fiscalité.

Kilomètres Entreprise : Comment se déroule cette période post-covid chez Stellantis ?

Jean-Pierre Mesic : La situation est relativement paradoxale. L’effet rebond de la sortie de crise se fait effectivement ressentir, chez nos clients, dans de nombreux secteurs comme celui du BTP. Pour nous, cela signifie une demande plus forte sur les utilitaires et, dans une moindre mesure, sur les véhicules particuliers. Reste que dans le même temps, la crise d’approvisionnement en composants électroniques et la tension sur certaines matières premières allongent les délais de livraison VN. Un autre exemple : les acteurs de la location courte durée, après une période covidienne naturellement synonyme de gel des commandes, reviennent maintenant sur le marché avec une appétence renouvelée. Ces à-coups en amont et en aval de la production sont un défi permanent pour les industriels que nous sommes.

KMS : L’électrification de vos gammes se fait tambour battant. Est-ce vraiment l’attente du marché ?

J.-P. M. : En étoffant l’offre, on influence la courbe du marché. Les cadres législatifs et réglementaires, tant français qu’européen, commandent ces mutations technologiques. C’est donc à nous, acteurs industriels et marketeurs, de faire suivre d’effet cette volonté politique de changement. Toute notre organisation est concentrée sur ces nouveaux objectifs, jalons que nous devons rejoindre pour être en phase avec l’évolution de la mobilité. Prenez le cas des Zones à Faible Émission qui sont appelées à se multiplier dans tout le pays dès 2025. Nous devons être prêts à gérer ce type de contrainte en offrant aux automobilistes, particuliers comme professionnels, des réponses produit accessibles autant qu’efficientes.

KMS : En cette période de hausse historique du prix des carburants, on note un regain d’intérêt des automobilistes pour l’E85. Stellantis propose-t-il une réponse ?

J.-P. M. : Le superéthanol n’est pas un choix stratégique pour nous. Nous concentrons nos efforts sur une réponse technologique qui vise à résoudre au mieux la question de l’émission de gaz à effet de serre. Cette réponse, aujourd’hui, a pour nom l’électricité, sous toutes ses formes. La pile à combustible hydrogène est l’une des voies que nous traçons car elle permettra bientôt de réaliser des trajets d’au moins 800 kilomètres sans besoin de recharger. Bien entendu, nous gardons des solutions thermiques car il faut respecter la valeur d’usage des moteurs afin de répondre aux demandes spécifiques de l’entreprise, comme par exemple celle des commerciaux itinérants, gros consommateurs de kilomètres. Mais si vous regardez une marque comme Jeep, son offre existe aujourd’hui en hybride rechargeable et ses ventes se portent bien. Pareil pour la Fiat 500 qui surperforme en tout électrique. C’est le signe qu’il existe une attente en face de ces objectifs stratégiques.

KMS : L’électrification des parcs d’entreprise n’est pourtant pas fulgurante…

J.-P. M. : À nous d’être convaincants. À nous de développer une stratégie fondée sur le conseil et l’assistance au changement. À nous d’accompagner, de former. Un exemple : nous nous sommes fixés, pour 2022, un objectif de vente de 30 % de Peugeot 308 hybrides rechargeables dans les parcs de nos clients professionnels. Si, en amont de toute initiative commerciale, nous ne sommes pas capables de convaincre du bien-fondé de ce choix dans certains cas d’usage, nous serons à côté. C’est pourquoi il est très important d’accompagner la réflexion globale de nos clients, de l’évaluation d’impact sur leur “car policy” jusqu’à l’installation éventuelle de bornes de recharge.

KMS : Votre offre en utilitaires évolue également vers l’électrification ?

J.-P. M. : Le développement est constant et soutenu car ici aussi, la demande émerge. Nous aurons une offre sur tous les cubages en 2022. J’ajoute que la solution électrique n’implique aucune diminution de la charge ou du volume utiles, ce qui est déterminant. Sur Jumper, Expert et Vivaro, nous proposons en outre deux puissances de batterie adaptées à des types d’usage particuliers, ce qui permet d’affiner son choix et son budget. Dans le même temps, Stellantis est très actif sur la solution électrique hydrogène pour ses utilitaires avec la plateforme HK-Zéro qui dérive directement de K-Zéro, dédiée à l’électrique. Pour l’utilitaire aussi, la transversalité technique permet à chacune de nos marques de proposer des solutions de mobilité à la fois performantes et éprouvées.

KMS : Vous êtes donc plutôt confiant dans l’avenir du marché des entreprises ?

J.-P. M. : Oui, même si je confirme que l’époque est assez inédite ! On voit un marché VO plutôt florissant, constitué de véhicules moins kilométrés car moins utilisés pendant la crise du covid. Aujourd’hui, sur le VN, nous sommes revenus à une situation quasi normale avec des contrats de LLD qui se situent entre 36 mois et 90 000 kilomètres. Et même s’il existe encore quelques tensions sur les approvisionnements qui impactent les temps de production de certains VN, on peut regarder l’avenir avec confiance. Reste qu’en matière d’évolution de notre offre, nous rechercherons toujours plus de stabilité en matière de réglementation et de fiscalité. Si l’on veut que les entreprises fassent le choix d’une mobilité innovante, il faut édicter des règles claires et s’y tenir pour un certain temps.

KMS : Avez-vous un conseil à donner à nos lecteurs ?

J.-P. M. : Oui : ne tardez pas à engager le changement dans vos parcs. Plus une entreprise attend et tarde, plus le changement technologique est lourd à porter. Il faut agir en concertation avec ses interlocuteurs techniques et financiers, plannifier les actions, former les collaborateurs, redéfinir la mobilité opérationnelle. Si l’on souhaite que cette mutation progressive soit un succès, il faut y investir du temps, de l’énergie et pas seulement des moyens. Stellantis apporte une expertise reconnue et garde le même attrait économique à travers ses huit marques. Que l’on soit ou non attaché à un badge en particulier, je défends l’idée que chacun d’eux répond à des demandes circonstanciées : Peugeot et Opel sont des généralistes de catégorie supérieure, Citroën et Fiat sont des marques de cœur de marché, Jeep – avec son expertise 4×4 – se positionne maintenant à l’avant-garde de l’électrification et DS défend notre conception du haut de gamme, avec un accent particulier sur la qualité et le confort. Je sais par expérience que, très souvent dans l’entreprise, l’impulsion en matière de changement vient du top management… alors j’invite les chefs d’entreprise à essayer notre DS9 en technologie hybride rechargeable. Ils seront sans doute très agréablement surpris !

Propos recueillis par Axel Ekman et Louis Daubin

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