Publié le 25 juillet 2022 | par Louis DAUBIN

Yvan Segal : « Les automobilistes vont consommer l’automobile différemment »
Pour Renault, la valeur ne passe plus forcément que par la production et la vente de véhicules mais également par les services et la gestion sur toute sa durée de vie. Une stratégie qui se déploie aujourd’hui et qui vise à une revalorisation globale.

Kilomètre Entreprise : On peut dire que votre carrière est riche de postes en différents pays, Afrique du SUD, Israël, Slovaquie, Pologne, Benelux, Brésil, Espagne…Etes-vous heureux d’être revenu en France ?

Yvan Segal : (sourire) Je suis arrivé dans des circonstances très particulières liées au COVID et à la crise d’approvisionnement des pièces automobiles. Ca démarrait fort. Mais, oui, c’est passionnant. La tâche est immense.

Kilomètres Entreprise : Renault a surpris beaucoup d’acteurs de la location longue durée lorsque la marque a annoncé sa volonté de supprimer les protocoles fin 2021. Quels ont été les impacts d’une telle mesure ?

Yvan Segal. : Faible. Cette décision a été prise dans un contexte tendu où l’industrie automobile peinait, et c’est toujours le cas aujourd’hui, à livrer les véhicules. Elle est surtout en droite ligne du plan Renaulution mis en place par Lucas de Meo, le directeur général du groupe Renault. Ce plan vise à favoriser la rentabilité et ne plus faire la course aux volumes. Nous avons ainsi réduit fortement les canaux de distribution les moins rentables ainsi que les remises effectuées traditionnellement auprès des acteurs de la location. Ce choix qui a pu paraitre radical au moment de l’annonce nous a permis non seulement d’augmenter le prix de vente moyen de nos véhicules mais également d’afficher des valeurs résiduelles plus importantes.

KMS : Dans un marché qui est en baisse consécutive depuis plus d’un an, comment se positionne Renault ?

Y. S. : Le marché est effectivement très chahuté. Vous connaissez les principales raisons, la pénurie des semi-conducteurs, à laquelle se sont malheureusement ajoutés la guerre en Ukraine et le retour de la pandémie en Chine. Ces évènements conjoncturels qui ne cessent de s’additionner et qui ralentissent profondément, à la fois l’industrie automobile, et son commerce ont un impact très fort sur nos immatriculations. La visibilité sur les délais de livraison est assez fluctuante bien que chez Renault, nous ayons mis en place une cellule de crise qui suit quotidiennement, notamment dans l’utilitaire, la situation afin d’offrir la meilleure réponse possible à nos clients. Pour autant, nous enregistrons des prises de commandes très importantes ce qui nous rend confiant pour l’avenir, d’autant plus que nous enregistrons un attrait très fort pour nos nouveaux produits et notre technologie comme notre gamme E-Tech hybride et E-Tech hybride rechargeable ou notre nouvelle Renault Megane E-Tech qui vient d’être lancée. Nous estimons que ces nouveaux produits, et ceux qui vont arriver dans les mois à venir va permettre de redonner de la fierté à la marque et d’attirer de nouveaux clients.

KMS : Justement, quelles sont les nouveautés attendues ?

Y. S. : Cette année, le groupe Renault prévoit de lancer la commercialisation de sept modèles. Chez Renault, outre la Megane E-Tech Electric, déjà disponible dans les concessions et l’Austral que nous avons récemment révélé, nous allons également présenter le Kangoo dans sa version électrique. Au total, d’ici 2024, le groupe dévoilera 27 nouveau modèles.

KMS : Une partie des marques automobiles ne parlent que de digitalisation de leurs ventes. Quelle est la stratégie de Renault ?

Y. S. : Depuis de nombreuses années, la fréquentation dans le réseau a fortement chuté ; le taux de visite dans un point de vente est en dessous de 2. Car avant de rentrer dans une concession, les clients se sont fortement informés sur internet pour élaborer leur choix. C’est pourquoi certaines marques ont une stratégie d’aller jusqu’au bout et de leur proposer une digitalisation complète de leurs parcours client. C’est une solution que nous prévoyons également, mais en parallèle, nous souhaitons nous appuyer beaucoup sur notre réseau de distributeurs qui a une vraie valeur ajoutée dans le conseil et le service. Nous estimons que la relation physique renforce le lien avec le client. Y compris dans le cas de vente à des professionnels. Dans les PME/TPE, le client « user-chooser » se comporte d’ailleurs bien souvent comme un client particulier.

KMS : Quelle est la position de Renault sur la voiture électrique ?

Y. S. : Depuis le lancement de la ZOE en 2013, Renault dispose de près de dix ans d’expérience dans la voiture électrique. Nous venons de lancer Megane E-Tech et nous avons d’importantes ambitions sur ce modèle. Au-delà des produits, avec RenaultElectricity, nous développons activement un écosystème industriel très puissant dédié à la production de batteries et moteurs électriques. Nous allons également commercialiser cette année le Kangoo électrique et nous lancerons à court terme la R5 électrique, une icône chez Renault.

KMS : Vous avez conservé en parallèle l’ancienne version de la Mégane. Pour quels motifs ?

Y. S. : Renault pousse fortement la voiture électrique, mais il faut reconnaître qu’elle ne correspond pas à tous les usages. Il est donc important pour nous d’offrir une palette de produits adaptés à tous les usages. C’est encore plus vrai dans le monde professionnel. Certains gros rouleurs ont encore besoin d’un moteur thermique, même si je note une forte amélioration du réseau de bornes de recharge qui ne cessent de se développer. Renault a toujours été une entreprise qui a fait bouger les lignes. Nous pensons que d’autres solutions existent au 100 % électrique. Nous avons d’ailleurs des solutions alternatives avec l’hybridation, mais également le GPL et pourquoi pas les carburants de synthèse ?

KMS : Renault a mis en place une nouvelle marque, « Mobilize ». Pour quelle raison et quelle seront ses prestations ?

Y. S. : Dans le cadre de Renaulution, Lucas de Meo, le directeur général du groupe Renault, a mis notamment en avant l’offre « vehicle as a service ». La volonté est de proposer une réponse des mobilités aux besoins des clients, qu’ils soient particuliers ou professionnels. Mobilize fait partie de ce plan et regroupe un ensemble de services et non des véhicules. Ces services passeront par l’allongement du cycle de vie du véhicule. Nous pensons en effet que les clients vont consommer l’automobile différemment qu’aujourd’hui, notamment avec le développement de la voiture électrique. Ils ne feront plus l’acquisition d’un produit pour une longue période, mais ils l’utiliseront selon leurs besoins. Cela signifie que notre rôle, en tant que constructeur, est d’imaginer et de gérer le deuxième, voire le troisième, et pourquoi pas le quatrième cycle de la voiture. C’est pourquoi nous avons créé sur notre site de Flins (Yvelines), la Re-Factory.

KMS : Quel conseil donneriez à nos lecteurs dirigeants de PME/TPE ?

Y. S. : il faut penser au temps longs. Je sais  que pour un dirigeant de PME l’urgence est quotidienne. Mais nos voitures sont faites pour durer, elles sont à leur service. Une marque comme Renault c’est une garantie de prestations de qualité, de modèles, de réseau, de services. Et cela dans le temps. Que le choix soit thermique ou électrique vos Renault seront financées et entretenues par la marque. Nous serons toujours là pour vous. C’est une vraie différence à l’heure des multiples arrivants plus ou moins qualifiés sur ce marché du BtoB.

Propos recueilli par Louis Daubin et Jacques Dunois

Reiner Hoeps  : « Nos électriques nous permettront de garder la clientèle des gros rouleurs » …

Lire la suite
edito

Il y a encore deux ans ,et depuis 50 ans, la Location longue durée avec les banques et les financières captives des constructeurs  nous tenaient un discours de métier : on avançait des arguments financiers factuels p…

Lire la suite
Les articles les plus lus

Renault Kangoo Maxi : Le Kangoo dopé aux anabolisants

Après le Kangoo « normal » et la version Compact dédiée aux professionnels des villes, Renault ...

Toyota C-HR Hybride Business : Un crossover hybride

Parce que le segment du crossover est désormais incontournable dans la compétition commerciale, To...

Augmentation de salaire vs voiture de fonction ?

Si l'automobile n'a plus le même pouvoir de séduction, la voiture de fonction conserve ses droits ...

« Il faut apprendre à lire et résister au politiquement correct » (Elisabeth Badinter)

En une phrase simple, madame Badinter aura résumé ce qui doit nous guider dans nos métiers. Lire ...

Législation : ZFE-m : 33 supplémentaires en 2024 ?

La loi “Climat et Résilience” prévoit d’étendre les Zones à Faibles Émissions mobilité (...