Publié le 27 mai 2010 | par Rédaction

Nationalisée et recapitalisée, la GM garde finalement 100% d’Opel qui se refait une stratégie. Yves Pasquier-Desvignes nous en dévoile les grandes lignes.

Voici un an, la GM mettait en vente 70% d’Opel et ouvrait de laborieuses négociations avec l’équipementier canadien Magna, la banque russe Sberbank, et le gouvernement allemand (notamment…), mais la GM et l’Etat américain devenu largement majoritaire au capital après l’investiture d’Obama, ont soudainement annoncé début novembre dernier vouloir conserver l’intégralité d’Opel. Yves Pasquier-Desvignes qui dirigeait les ventes et le marketing d’Opel depuis 2001 est alors annoncé à la présidence de GM France.

KME. : Yves Pasquier-Desvignes, aujourd’hui, présidez-vous Opel-France ou GM-France ?

Y.P-D. : Aujourd’hui c’est toujours GM-France, puisque la société gère Opel et Saab. À l’avenir, la structure juridique évoluera, vers une structure qui s’appellera vraisemblablement Opel France.

KME. : Quelle est la stratégie finalement retenue pour Opel et pour la partie européenne de GM ?

Y.P-D. : Opel fait partie du nouveau GM qui a été nationalisé et dans lequel des investissements très importants ont été réalisés par le gouvernement américain. Opel a toujours fait partie de ce nouveau GM, mais l’année dernière, une option prévoyait qu’il n’en fît plus partie qu’à 30%, alors que 70% étaient mis en vente dans un tour de piste européen auprès des banques et d’acheteurs potentiels. À la fin de l’an dernier, revirement de situation, General Motors et l’équipe du gouvernement américain ont alors décidé de garder la marque Opel à 100% au sein du nouveau GM recapitalisé pour repartir avec le marché. Un GM Monde très solide, qui n’a gardé que les usines qui peuvent tourner et les marques rentables. Opel reste donc à 100 % propriété de GM Monde, mais avec un plan de marche qui devient beaucoup plus européen, une stratégie européenne, une signature et un design européen.
Deuxième décision du propriétaire GM : au lieu de n’injecter que 600 millions de $, dans l’entreprise Opel Europe et de faire appel aux marchés, à la Commission et aux gouvernements européens, General Motors a dit, je vais plus loin, je consolide mon effort et je passe à 1,9 milliard de fonds et de liquidités injectés dans l’entreprise Opel-Vauxhall.

KME. : Qu’entendez-vous par stratégie et signature européennes ?

Y.P-D. : L’image de marque Opel était devenue un peu “neutre”, on avait du mal à identifier l’origine de la marque. Dans ce revirement stratégique européen, il demeurera naturellement une mutualisation des plates-formes mondiales pour des économies d’échelle, mais avec un design plus expressif à l’européenne et un vrai retour aux sources.

KME. : Dans ce contexte que deviennent Saab et Chevrolet

Y.P-D. : Ce qui était un grand GM Europe n’existe plus et vous allez retrouver un Saab Suède maintenant totalement propriété de Spyker, un Chevrolet Europe totalement maître de sa destinée commerciale et marketing et un Opel Vauxhall Europe également maître de sa destinée commerciale et marketing.

KME. : Les problèmes de la GM et la crise générale ont-ils affecté les ventes d’Opel en France ?

Y.P-D. : L’an dernier Opel France n’a pas progressé en volume. Dans le détail vous verrez que la marque a progressé auprès des particuliers. Le marché des ventes à sociétés par le créneau de LLD a été plus maltraité, parce que les gestionnaires de flottes qui manquaient de visibilité sur la stratégie du groupe, et d’autre part parce que les entreprises ont préféré prolonger leurs contrats plutôt que de renouveler.

KME. : Opel va-t-il s’impliquer dans le créneau des “homologations N1” qui semble ouvrir des opportunités fiscales aux entrprises…

Y.P-D. : La réponse est oui ! La gamme est en cours – très avancé – d’homologation et de développement et elle intègre l’ensemble des modèles susceptibles d’intéresser les chefs d’entreprise. Je pense que dans le mois qui vient nous serons capables de lancer la commercialisation. Nous avions quelques doutes sur la pérennité de ce système, et l’idée de ne pas faire prendre aux entreprises un seul risque fiscal sur les années à venir. Nous ne sentions pas non plus les professionnels de la LLD, accrocher à ce système et donc être des relais de croissance, et cela nous a incités à la prudence car il faut savoir qu’homologuer une gamme, c’est un coût pour un constructeur… Mais il y a une opportunité, et on y va parce que l’offre est séduisante…

KME. : Le N1 pourrait-il être un moyen de relancer le marché des sociétés en incitant les entreprises à renouveler … Voire à anticiper les renouvellements !

Y.P-D. : Je pense que pour le court terme et selon les dispositions du moment, vous avez raison, surtout si l’ensemble les acteurs de la profession automobile se sent à l’aise et devient supporter et moteur dans la commercialisation. Pour le long terme aussi… sauf si le législateur, dont je ne maîtrise pas les intentions, a la possibilité d’amender au fur et à mesure et de modifier la donne en la rendant moins sexy.

KME. : Opel restant à 100% dans GM, la stratégie “véhicule électrique” d’Opel se poursuit comme prévu…

Y.P-D. : Opel vendra l’Ampera l’année prochaine sur les marchés européens. Cette voiture est dotée d’un système de traction 100% électrique, mais elle est capable d’embarquer quatre personnes avec tous leurs bagages sur un rayon d’action de 5 à 600 km grâce à un générateur embarqué. L’Ampera dispose de 60 kilomètres “d’autonomie pure” avant que ne se mette en marche le générateur – qui n’est pas un système de propulsion, mais de recharge – pour que la batterie soit maintenue à un niveau suffisant. Dans les déplacements urbains, l’Ampera peut fonctionner comme un véhicule électrique ordinaire en rechargeant sur les alimentations disponibles.

KME. : Quand l’Ampera sera-t-elle effectivement livrée…et à quel prix ?

Y.P-D. : Fin 2011 pour les marchés européens dont la France qui est considérée comme un marché cible prioritaire et où l’on perçoit une forte demande. Beaucoup d’entreprises ont conscience des enjeux et ont envie d’inscrire, à leur bilan et dans leur stratégie, un comportement et une action en faveur des réductions d’émissions et de consommation. On ne peut pas dévoiler le prix de l’Ampera aujourd’hui, mais l’idée n’est pas en faire un produit exclusif uniquement destiné aux grandes fortunes de ce monde, mais de faire en sorte qu’elle soit vendable aux particuliers et… aux entreprises.

KME. : En attendant la fin 2011, comment se positionne aujourd’hui la gamme Opel en regard du CO2 ?

Y.P-D. : En VP, on démarre à 98/99 grammes de CO2 sur les Corsa mais les 94/95g arrivent. Dans la gamme Ecoflex, l’Astra, le nouveau Meriva à partir de juin, sont à 119g, et même l’Insignia 160ch n’excède pas 136g. La version Ecoflex de l’Insignia est arrivée l’an dernier en septembre, un peu tard pour les entreprises, l’objectif avec cette version 136g est d’accrocher une bien meilleure place sur le marché des entreprises.

KME. : Les entreprises sont aussi très sensibles à la densité du réseau…

Y.P-D. : Le réseau Opel compte 300 points qui font “vente et après vente”, vous en ajoutez 250 qui font presque exclusivement de l’après-vente, pour un total de 550 points de service en France, certifiés et badgés Opel.
Au sein de ce maillage, nous sommes en train de spécialiser 70 points de vente sous le label Opel Entreprises avec un outil de vente, de financement, d’exposition, de véhicule de remplacement plus sophistiqué, pour amplifier notre démarche “entreprises” avec une équipe dédiée tant sur la partie VP que VU.

KME. : Vous avez aussi réorganisé votre offre de financement…

Y.P-D. : Nous avons noué un partenariat avec ALD filiale de la Société Générale et nous avons créé une équipe qui s’appelle OBS (Opel Business Service) qui va se concentrer sur le réseau Opel Entreprises, sur le tissu local des PME,PMI, artisans commerçants, c’est l’axe stratégique N°1 d’Opel.

Propos recueillis par J-P Durand et L Daubin

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